« Gouache » : le patchwork de Jacky Terrasson

Le pianiste Jacky Terrasson a la « gouache ». Et sa « gouache », il l’a distillée dans un album d’un éclectisme foisonnant mais raffiné, aux sonorités colorées et aux mélodies plus que délicieuses. 

« Gouache » est une drôle de mosaïque. Une mosaïque dont chaque fragment est un rebondissement. Sony Rollins (« Valse Hot »), Erik Satie (« Je te veux ») ou Henri Betti (« C’est si bon ») y côtoient John Lennon (« Oh My Love »), Amy Winehouse (« Rehab ») et… Justin Bieber (« Baby »). Avec « Gouache », Jacky Terrasson ne trahit donc pas la ligne qui est la sienne depuis vingt ans : faire groover les standards du répertoire classique mais aussi les titres pop qui monopolisent l’espace musical de notre époque. « Ça m’amuse bien plus de jouer ces mélodies qui viennent de la rue que de rejouer les standards. Je ne cherche pas la provocation, même s’il y a parfois un esprit conservateur dans le jazz que je trouve effrayant », déclare d’ailleurs le pianiste franco-américain à propos de son esprit d’ouverture.

Sur cet opus de dix titres, Jacky Terrasson, qui alterne piano acoustique et Fender Rhodes, est accompagné de deux musiciens. Ces derniers comptent parmi ces jeunes américains, biberonnés au jazz, au hip-hop et à la soul, qui écument de plus en plus les scènes parisiennes: Burnis Earl Travis II, contrebassiste de 25 ans (vu dans le quartet du pianiste Tony Tixier aux côtés du saxophoniste Logan Richardson et du batteur Justin Brown) ainsi que Justin Faulkner, batteur prodige de 21 ans au groove implacable, qui a notamment joué avec Brandford Marsalys. Mais « Gouache » réserve bien d’autres surprises : la voix feutrée de Cecile McLorin Savant (« Je te veux » et « Oh My Love »), les balbutiements « free » du clarinettiste Michel Portal (« Try to catch me »),  les savoureux solos du trompettiste Stéphane Belmondo (« Try to catch me », «Gouache ») ainsi que les sonorités sud-américaines et antillaises concoctées par le percussionniste argentin Minino Garay (comme un air de biguine sur le morceau « C’est si bon »).

• Cécile McLorin interprète « Oh My Love » de John Lennon avec Jacky Terrasson au piano.

Cette équipe de choc s’est d’ailleurs réunie sur la scène de la Grand Halle de la Villette le 6 septembre dernier dans le cadre du Festival Jazz à la Villette. Le pianiste, débordant d’énergie, a ouvert les festivités avec un medley mêlant, entre autre, le thème du film « Harry Potter » et le très culte « Beat It » de Michael Jackson. Ce fut l’occasion de mesurer tout l’étendue de la complicité du trio qu’il forme avec Burniss Earl Travis et Justin Faulkner.

Michel Portal, Cecile McLorin Savant, Minino Garay et Stéphane Belmondo se sont ensuite invités sur scène sous les yeux d’un public conquis. Minino Garay, en qualité de percussionniste-comique, a fait preuve d’un sens du rythme bluffant et a plusieurs fois galvanisé le public en prenant Justin Faulkner comme partenaire de jeu. La divine Cecile McLorin s’est distinguée par sa prestance et son phrasé langoureux. Sans oublier l’interprétation remarquable du «Maraba Blue » d’Abdullah Ibrahim.

La troupe, menée de main de maître par Jacky Terrasson, chef d’orchestre dont  le plaisir et le bonheur sur scène sont contagieux, a proposé un spectacle dont les mots d’ordre étaient plaisir, complicité et virtuosité. Soit tous les ingrédients de «Gouache» , un feuilleton jazzistique aux péripéties jubilatoires.

• Un extrait de ce fameux medley au Festival « Jazz à Ercé » (août 2011). 

« Gouache » est paru le 27 août dernier chez Universal Jazz France.

Jacky Terrasson sera en concert au Duc des Lombards (Paris) du 28 au 31 octobre avec Burnis Earl Travis (contrebasse), Justin Faulkner (batterie), Michel Portal (saxophone & clarinette), Stéphane Belmondo (trompette & bugle), Minino Garay (percussions) et Cécile McLorin Savant (chant). Le pianiste se produira en solo le dernier soir.

Et pour info, Cecile McLorin Savant devrait sortir un album début 2013. Affaire à suivre…

La page facebook de Jacky Terrasson

La page facebook de Cecile McLorin Savant

 


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