Palabres à Dakar : En vadrouille avec Sahad And the Natal Patchwork

Crédit : Romain Laurendeau (romainlaurendeau.com)
Crédit : Romain Laurendeau (romainlaurendeau.com)

21h30. Le Just 4 You est quasiment vide. Les musiciens ne sont pas visibles. « Ca commence plutôt à 22h », me dit le manager de la salle de concert. La fameuse heure sénégalaise… Sahad & The Natalpatchwork ne déroge donc pas à la règle. Du m’balax dans l’air. Ce n’est pas le type de musique qui réduirait votre impatience à néant. Sans compter ces maudits moustiques, « vampires, buveurs de sang » (1). J’attends de revoir le groupe à l’œuvre après leur passage sur les scènes offs du Festival de jazz de Saint-Louis. Impatience… Celle d’entendre résonner les différentes pièces du patchwork. Du jazz à la musique mandingue en passant par la folk.

La voix rocailleuse du leader, Sahad, qui comme un taxi-brousse, vous emmène sur les routes de Dakar et ses environs. Dakar, ville de sable et de béton armé. En écoutant la musique de Sahad & The Natalpatcwhork, je repenserai à ces micro-sociétés de la Cité Asecna à Ouakam, quartier de la capitale sénégalaise. Des Peuls-Fouta entassés dans des baraquements de fortune à côté des chantiers qui pullulent. Ces gens qu’on regarde sans les voir… Ou alors ces enfants des rues, petits et grands, qui s’organisent seuls, de la mendicité au dur labeur, pour ramener ne serait-ce que de quoi garder la tête haute dans la poussière âcre qui leur colle au visage. Tout cela, à côté de villas flambants neuves. Un sacré patchwork auquel je vais repenser en musique : la basse de Brahim, ce musicien, qui a, à peine 22 ans, de quoi faire penser à un Manu Codja en devenir de par son humilité et la relation intime qu’il entretient avec son instrument. Sans oublier Tass, le batteur silencieux, David, le pianiste qui ne garde jamais les yeux sur son clavier ou encore Honoré, qui semble sourire à son djembé.

Ce groupe a décidément quelque chose d’unique. Je chercherai ce soir la source de cette singularité, au confluent de mille fleuves, qui vous désarçonne un brin.

15 minutes d’attente encore…enfin je crois. Je revois les yeux hagards au milieu du sable qui s’élève lorsque le vent se montre moins capricieux et se mesure à la force détonante de la chaleur écrasante. Dakar n’est pas très belle parfois. Dakar est triste et léthargique parfois. Comme sur le point de sombrer. Construction sur construction s’enchaînent comme pour mieux préparer sa destruction. C’est ce que j’entends parfois dans la voix de Sahad. Ce taxi-brousse qui passe à vitesse grand V mais n’omet aucun caractère du paysage qu’il traverse.

Un paysage où les influences et les personnalités se concrétisent au sein d’un tourbillon syncrétique. 22h30. Les musiciens et une choriste pleine de charme prennent place. Introduction. Sahad arrive bientôt, sans panache, comme à l’accoutumée. De belles mélodies pour commencer. Il chante en Wolof, en Français et même en Soussou… Rock, salsa, afrobeat, jazz,… Il parle de mondialisation, de globalisation, d’universalité, d’amour, etc… Les effluves d’une musique virevoltante. L’essence d’un groupe promis, certainement, à un bel avenir. Il y a de quoi danser et s’émouvoir. Quelques éléments vous frappent comme la sueur qui s’étend sur la guitare de Sahad ou les sourires incessants des autres musiciens. N’est-ce pas une preuve de passion ?

Dans chaque morceau, les mouvements appartiennent à un genre différent. Compositions talentueuses et arrangements recherchés. Pointes de joies incontrôlées, d’espoir, de respect, de compassion, de tristesse, d’amertume, … C’est le jeu de paroles merveilleusement plaquées sur une musique dont le puits est sans fond. On entend ainsi l’Afrique dans toute son entièreté, par exemple. Cette musique n’est pas cérébrale. Elle est juste idéale. Idéale, remarquable et incomparable.

« C’est une musique à laquelle on s’attache facilement, qui nous parle directement, et qui, pour autant, n’en est pas moins riche. En témoigne les différents niveaux de lecture auditifs. Les arrangements sont inspirés », me souffle un spectateur visiblement séduit.

Sahad & The Natalpatchwork ramasse, amasse, mélange, malaxe et vous jette un pot-pourri à la gueule.

(1) Emprunté au livre « De Dakar à Paris » de Pierre Cherruau (éditions Calmann Lévy)

Aperçu(s)…

Crédit : Romain Laurendeau (romainlaurendeau.com)
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