Tricia Evy : « La Guadeloupe est un carrefour musical »

Rencontre avec Tricia Evy, une artiste qui, avec « Meet Me », son troisième album d’une grâce déconcertante, s’inscrit désormais parmi les étoiles montantes du jazz vocal.

Crédit : Eric Marcel
Crédit : Eric Marcel

 

Qu’est-ce qui vous a poussé vers le jazz ?

J’y suis arrivée au hasard de rencontres avec des musiciens de jazz quand je suis arrivée en France en 2007. Ils m’ont transmis leur passion pour cette musique. Le jazz s’adresse à tout le monde. Il ouvre les oreilles et offre, vocalement, de nouveaux horizons. En somme, ce n’est que du bonheur.

Quelles sont vos plus grandes influences musicales ?

J’aime beaucoup les voix masculines. Mes plus grandes influences sont Patrick Saint Eloi, Georges Brassens et Louis Armstrong… Mais également Ella Fitzgerald et Billie Holiday.  En fait, la liste est bien plus longue car je me nourris musicalement de tout ce que j’entends et qui me plaît.

 

 

Sur « Meet me », vous usez de plusieurs langues donc de plusieurs styles (bossa nova, cool jazz, biguine, modern jazz…). Comment expliquez-vous cette ouverture d’esprit ?

J’ai baigné dans la musique grâce à mes parents. Ils écoutaient tous les styles. Et j’ai eu la chance de grandir en Guadeloupe, un carrefour musical. Je choisis les morceaux que je chante avec mon cœur. Il faut que les morceaux me parlent, résonnent en moi. La langue et le style ne sont pas un problème. Je trouve cela dommage de penser qu’il faut être Brésilien pour chanter la bossa, Antillais pour chanter la biguine ou Américain pour chanter du jazz. L’essentiel c’est d’aimer ce que l’on fait, de le faire avec du cœur et beaucoup de respect.

D’où vous vient votre inclination pour Antonio Carlos Jobim ?

J’ai découvert la bossa nova en même temps que le jazz. Comment ne pas être touché par Jobim ? Ses mélodies sont une invitation au voyage, un mélange de mélancolie et de joie – « Saudade » comme ils disent en portugais. Je pense aussi que d’une certaine façon les mélodies de Jobim me rappellent la biguine. Surtout celle d’Albert Lirvat.

Frédéric Chopin, Chet Baker, Al Lirvat… Ce sont tous des chantres de l’amour au sens romantique du terme. Que doit-on en déduire quant à votre musique ?

Je chante ce que je vis et je vis ce que je chante. Je suis une boule d’amour sur patte. J’aime partager, donner de l’amour et bien sûr en recevoir. Je pense qu’on est tous fait pour ça. Il n’y a pas de mystère. L’amour peut parfois être la quête de toute une vie et le manque d’amour peut parfois créer de grands conflits. L’amour n’a pas de prix, c’est gratuit et ça fait du bien. Alors moi, j’en distribue. C’est ma mission. J’ai eu la chance d’en recevoir, alors maintenant, je donne.

 

 

Vous écrivez et composez. D’où vous vient votre inspiration ?

Si je vous dis l’amour, ça ne vous étonnera pas. C’est l’une de mes plus grandes inspirations. Le bonheur m’inspire aussi énormément. Dès que je suis heureuse, je chante. Autant dire que je chante souvent. Et cela tombe plutôt bien que ce soit mon métier.

Sonny Troupé joue du gwo ka sur cet album. Était-ce une évidence d’inclure cet instrument dans votre musique ?

J’avais vraiment envie de jouer avec Sonny. C’est un musicien d’une belle sensibilité. C’est le seul invité de mon album. Je voulais qu’il ait sa place, et il l’a trouvée merveilleusement. Le morceau « Lanmou A » prend tout son sens grâce à lui.

 

 

Quelle place tient aujourd’hui le jazz vocal au sein de la scène de jazz caribéen selon vous ?

Je pense et surtout j’espère qu’il prend une place de plus en plus grande. Si je peux éveiller certains esprits, j’en suis ravie. Il y a sept ans de cela, je ne chantais pas de jazz, il n’est jamais trop tard pour apprendre. D’ailleurs, j’ai commencé la guitare l’année dernière. Il faut oser.

Quels sont vos projets à venir ? Un troisième album peut-être ?

Pour l’instant je suis concentrée sur l’album « Meet Me ». J’aimerais que chaque Guadeloupéen l’ait dans sa discothèque. Le clip de « Meet Me On The Bridge » va bientôt sortir et celui de « Lanmou A » suivra. Je continue la promotion à travers le monde. En août, je serai en Australie et en octobre, je me rendrai en Corée du Sud. J’ai beaucoup d’idées pour le prochain album, mais je n’y suis pas encore.

Propos recueillis par Katia Touré (pour France-Antilles Guadeloupe) 

LE CONCERT 

Fraîcheur et naturel. C’est ce que donne à voir la talentueuse Tricia Evy, nouvelle venue au sein de la scène jazz vocal, quand elle prend le micro. Vendredi 4 juillet, le public de la Rotonde, à Saint-François (Guadeloupe), a été frappé d’extase devant la pétillante Guadeloupéenne, dont la prestation débordait d’honnêteté. À l’affiche du Festi’Jazz 2014, la chanteuse a exploré les moindres recoins de sa tessiture vocale, que même les détenteurs de Meet Me, son dernier album – sur lequel elle cultive sa récente appétence pour le jazz -, n’auraient pas soupçonnés.

C’est qu’en live, Tricia Evy ose et prend des risques. Elle n’hésite pas à surfer sur les codes, généralement – ou malheureusement – attachés au jazz, sans doute poussée par le talent des musiciens qui l’accompagnent (David Fackeure au piano, pour qui elle avoue avoir un faible artistique tout particulier, Sébastien Girard à la contrebasse et Francis Arnaud à la batterie). De la reprise de standards à l’improvisation en passant par la performance vocale et le scat, quoiqu’un peu trop omniprésent, Tricia a donné ce qu’elle voulait, comme elle le sentait.

Une chanteuse généreuse

On saluera son admirable interaction avec le public. Un échange qui traduit son humilité, indéniablement incarnée par ses nombreux rires francs et chaleureux. Il faut dire qu’elle a fait chanter toute l’assistance – ainsi que ses musiciens – sur le Pa Oublié Ti Comission La, de Barel Coppet. Et avec sa remarquable reprise de la chanson Je me suis fait tout petit, de Georges Brassens, elle a même fini par éblouir les plus circonspects. Un concert ensoleillé à la tombée de la nuit. C’est bien de cela qu’il s’agissait. Les ballades de Carlos Jobim et Al Lirvat y étaient aussi pour quelque chose.

Bossa Nova et biguine. À la voir se mouvoir sur scène, nul doute que ces deux styles l’accompagnent dans ses aventures musicales depuis fort longtemps. Si elle s’est amusée à prendre la voix d’un certain Louis Armstrong (performance que l’on coiffera d’un bémol) ou pousser ses musiciens à la suivre dans ses sympathiques cocasseries vocales, Tricia Evy a d’abord tenu à partager. Pleine de générosité, elle a offert à son public guadeloupéen le fruit de son parcours de chanteuse atypique.

Katia Touré

Publication France-Antilles Guadeloupe (http://bit.ly/VTwVbA)


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