Steve Coleman : « Je n’attache aucun style à ma musique »

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Le saxophoniste américain Steve Coleman, parrain de la 6ème édition du festival IloJazz, se produit ce vendredi 12 décembre sur la Place de la Victoire, à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), accompagné de son groupe « The Five Elements ». Echange avec l’une des figures majeures du jazz contemporain, adepte des distorsions stylistiques en tous genres.

Vous succédez à Marcus Miller en tant que parrain du Festival Ilojazz cette année. Quel sentiment cela vous procure-t-il ?

 

Je suis très honoré d’avoir été choisi pour participer à ce festival. Il est important de partager notre musique avec tous les publics. Les festivals de jazz permettent aux gens de découvrir la musique sous un autre angle car les instruments l’emportent sur les machines. C’est quelque chose de positif. Je n’étais jamais venu en Guadeloupe tous comme mes musiciens d’ailleurs. C’est une belle expérience et cela nous touche. Je ne suis pas très au fait de la scène jazz guadeloupéenne mais je l’imagine florissante. Il y a largement de quoi faire en termes de musique par ici. Je pense notamment au gwo-ka. Pour le concert de vendredi, nous allons jouer mon répertoire mais il y aura une très large part d’improvisation.

 

Justement, vous ne qualifiez pas votre musique de jazz mais de « composition spontanée »… Que faut-il comprendre ?

 

C’est simple : composer de façon spontanée, sur le moment (rires). Mais je ne l’ai pas inventé. Cela existe depuis la Grèce Antique ! Et cela requiert énormément de discipline. Tout le monde parle de jazz, mais personnellement, c’est à la musique au sens large que je pense quand je compose. Je ne me dis pas que je vais jouer du jazz car je joue ce que j’ai appris et ce que je sais culturellement parlant. Si le reste du monde tient à appeler cela du jazz, ce n’est pas mon cas. Je n’attache aucun style à ma musique. La dimension et la direction qu’elle prend tient à la personnalité de chacun de mes musiciens. La musique est le reflet des personnalités qui la jouent et n’a rien à voir avec des dénominations. Que ce soit ma musique ou celle d’un autre, l’instrumentiste va l’interpréter selon sa propre sensibilité.

 

Votre musique semble liée à une véritable philosophie…

 

Le jazz est une musique sans définition car chacun y met ce qu’il veut. Ce terme est trop large. D’ailleurs, la musique que je fais aujourd’hui n’est pas la même que celle que je faisais il y a vingt ans. Je considère que c’est l’existence des musiciens qui fait naître les compositions. Joie ou tristesse, expériences heureuses ou douloureuses, sont le socle de la création musicale. Raison pour laquelle un vrai musicien ne peut pas faire la même musique pendant plusieurs années. On ne vit pas les mêmes choses au cours de notre vie. D’où l’évolution de notre musique.

 

Votre groupe se prénomme « the five elements ». Et pourtant, vous ne jouez pas forcément en quintet sur scène…

 

Il faut bien comprendre que les cinq éléments n’ont rien à voir avec le nombre de musiciens qui m’accompagnent. Nous pouvons être quatre, cinq, six ou sept. En Occident, vous avez quatre éléments : l’eau, l’air, la terre et le feu. En Asie, et plus précisément en Chine, on parle de cinq éléments : le bois, le vent, le métal, le feu et l’eau. Cela fait partie d’une très ancienne philosophie autour de la création de l’univers et du monde. Chacun des cinq éléments représentent différents aspects et caractéristiques de la nature. Nous sommes tous issus de la nature. Elle était là avant et sera encore là après nous. C’est la nature qui nous a créés. Et cela doit nous permettre de mieux comprendre l’esprit et le corps de l’être humain. L’improvisation et la création font partie intégrante de notre univers et de la façon dont la nature fonctionne. C’est là qu’est le lien avec ma musique, une forme d’expression qui fait appel aux sons et qui existe bien avant le langage tout comme la peinture ou la danse. C’est cela que je tiens à partager avec le public ce vendredi soir.

 

 Propos recueillis par Katia Touré

 

Bio Express

 

Il compte parmi ses influences des musiciens comme Sam Rivers, Max Roach, John Coltrane, Von Freeman, Doug Hammond, Charlie Parker ou encore James Brown. Né le 20 septembre 1958, à Chicago, ville où a longtemps vécu un certain Sun Ra dont le pendant afro-futuriste ne lui est pas étranger, le saxophoniste Steve Coleman s’est très vite attaché à mettre l’improvisation au cœur de sa musique. En plus de vingt ans de carrière et avec une douzaine d’albums au compteur, en tant que leader ou sideman, il se distingue par son sens de la géométrie stylistique mise en forme par de nombreux concepts métaphysiques. Imaginatif à souhait, de par un sens de la métrique des plus originales, le musicien compte parmi les grands pontes du jazz contemporain (même s’il refuse cette étiquette). Par ailleurs, en avril prochain paraîtra son prochain album, dont l’orchestration comptera une vingtaine de musiciens.

K. T. 


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