« Timbuktu » : la poésie d’une ode saharienne

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Il existe des contrées dont les clichés photographiques sont des cartouches de cartes postales. Il existe des lieux dont les clichés photographiques sont comme des gouttes figées par une éclaboussante promesse. Et il y a des villes dont les clichés photographiques ruissellent d’une fluctuante poésie. Un peu comme la ville de Tombouctou que dans son long-métrage éponyme – « Timbuktu » (en langue touareg) – l’un des plus grands cinéastes d’Afrique Subsaharienne, Abderrahmane Sissako, nous raconte à travers moult destins confrontés à la folie délirante de l’extrémisme religieux. Les images de Tombouctou sont d’autant plus éblouissantes qu’est la musique d’Amine Bouhafa, jeune compositeur de la bande originale du film. Il s’attache à apposer à chacune des scènes portant subtilement ou directement l’intrigue de « Timbuktu » – de ces enfants jouant au football sans ballon (« Football Without A Ball ») à la destruction par les djihadistes des merveilles de la perle du désert (« Shooting The Statues ») – des mélopées spirituelles, comme les clichés instantanés d’une histoire révoltante et empreinte d’un poétique appel à la résistance et la dignité.

 

 

De cet opus de douze morceaux, on retient également la voix de Fatoumata Diawara, cette brillante actrice Malienne (au casting du film) qui porte en elle la virtuosité des chants du Wassoulou. En 2011, elle publiait son tout premier opus sobrement intitulé « Fatou » que l’on vous conseille ardemment. Elle chante « Timbuktu Fasso ». Soit « Le peuple de Tombouctou » sur une rythmique takamba sahélienne et mélancolique. Elle chante la beauté d’une ville millénaire aux portes du désert qui, au-delà d’une triste actualité, reste un trésor que nul ne saurait anéantir. Elle chante pour les habitants de Tombouctou qui, malgré la bêtise de l’Homme, garderont toujours en eux la force de marcher la tête haute.

Katia Touré

A PROPOS DU FILM… 

 

 

Résistance de la perle du désert 

 « Timbuktu » est le quatrième long-métrage d’Abderrahmane Sissako. Remarquée au dernier Festival de Cannes, cette nouvelle œuvre du réalisateur Mauritanien revient, notamment, sur le triste destin de Tombouctou, cette ville malienne, merveille saharienne de terre rouge et sable gris, tombée aux mains des djihadistes en 2012. Focus.

 En 1998, Abderrahmane Sissako réalisait « La vie sur terre », dans lequel il mettait en scène son arrivée à Sokolo, village de son père au Mali. Un long-métrage qui n’aura laissé personne de marbre tant ses errances étaient lourdes de réflexions sur la relation trouble entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest. En 2006, après « En attendant le bonheur », le cinéaste revenait avec « Bamako », une fable à l’odeur du wusulan, à la texture douce et sableuse, grâce à la magnifique Melé – campée par Aïssa Maïga – et à l’une des plus belles voix du pays du Wassoulou, Oumou Sangaré. Cette année, la figure de proue du cinéma d’Afrique Noire, dont l’existence porte le sceau de l’émigration et de l’exil – de son pays natal à la France, en passant par le Mali et la Russie – a tenu à nous faire part de son cri de révolte, avec humour et poésie, vis-à-vis de la cité millénaire qu’est Tombouctou et de ses habitants, soumis aux lois de la Charia établie par des djihadistes qui n’ont de cesse de dénaturer l’Islam – religion qui prône pourtant la tolérance et dont le djihad désigne une guerre sainte contre le vice à mener dans l’intimité. Dans « Timbuktu », on suit  Kidane et sa famille, qui subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes. Fini la musique, les rires, les cigarettes et même le football… Bonjour, les tribunaux arbitraires et leurs sentences aberrantes.

Un cinéma nourrit par le manque de liberté

Si Kidane et les siens semblent un temps épargné par le chaos, un évènement tragique va venir bouleverser leur semi-quiétude et les pousser à se confronter aux lois de l’occupant.  Dans une interview accordée à nos confrères de Télérama, Abderrahmane Sissako explique clairement d’où lui est venue cette envie de résister sur fond de pellicule : « Une femme et un homme lapidés, dans une petite ville du Mali, parce qu’ils avaient eu des enfants sans se marier devant Dieu. […] Qu’on en soit arrivé là me révolte et me plonge dans un désespoir profond ». En octobre 2013, le cinéaste était prêt à faire fi du danger en tournant à Tombouctou mais il a dû y renoncer suite à un attentat-suicide. Il s’est donc retrouvé à Oualala, ville jumelle située en Mauritanie. Mais il ne s’est pas senti plus serein pour autant : « Je n’étais jamais tranquille. […] Cette tension, ce manque de confort et de liberté constituent une dynamique dont mon cinéma se nourrit. » Si la bande originale de ce film, que l’on doit au compositeur Amine Bouhafa, est remarquable à tout point de vue (on y retrouve la voix légèrement élimée de Fatoumata Diawara au casting du film), on s’en va écouter « Takamba », ce magnifique morceau interprété par le Malien Habib Koité et son groupe Bamada, ode au rythmes takamba mais aussi aux villes que sont Gao, Kidal, Bamako et… Tombouctou.

Katia Touré 


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