Mbongwana Star : ça déménage à Kinshasa !

La team de Mbongwana Star avec le producteur et musicien Liam Farrell aka Docor L © Renaud Barret
La team de Mbongwana Star avec le producteur et musicien Liam Farrell aka Docor L © Renaud Barret

Si l’aventure du Staff Benda Bilili est bel et bien terminée, les co-fondateurs de cet ancien groupe congolais, Yakala « Coco » Ngambali et Nsituvuidi « Theo » Nzonza, entourés par de jeunes musiciens et un producteur avant-gardiste sont de retour avec une nouvelle formation, Mbongwana Star, et un premier album intitulé « From Kinshasa ». Un opus au concept qui ne se résume qu’en un seul mot : « changement ».

 

Pour leur retour sur le devant de la scène, plus d’un an après la dislocation de leur groupe Staff Benda Bilili, les leaders Coco Ngambali et Theo Nzonza n’ont pas fait les choses à moitié. Place désormais au « mbongwana », soit le « changement » en français. Mais plus qu’un changement, c’est un virage à 180 degrés que les deux acolytes accomplissent avec l’album « From Kinshasa » (publié le 19 mai dernier chez Harmonia Mundi/World Village). Une métamorphose musicale oscillant entre électro-rock et punk afro-futuriste en passant par le funk et l’afrobeat. Le tout pour un résultat hypnotique qui place Mbongwana Star au centre d’un style à la fois épuré et déstructuré pour le plus grand bonheur des amateurs de fusion. « Notre musique n’est ni blanche, ni noire, ni africaine, ni européenne », expliquent les deux chanteurs qui, même en fauteuils roulants, n’en jettent pas moins en termes de charisme. Holà donc sur la musique du monde et autres étiquettes qui les renferment dans un style dont ils se sont libérés. « Le concept de ‘musique du monde’ conduit à ce que tout un pan de la création musicale sur le continent africain est ignoré », rebondit leur manager Michel Winter. C’est la raison pour laquelle le groupe a fait appel au producteur français d’origine irlandaise, Liam Farrell aka Doctor L qui, sur le disque, fait également office de bassiste. Il est également à l’origine des effets électriques qui donnent au disque une dimension presque psychédélique. Un psychédélisme qui, paradoxalement, a de quoi faire penser au highlife, au blues guinéen, au jazz sud-africain ou à la rumba congolaise des années 60 et 70. Autant dire qu’en matière de musique, le continent africain n’a jamais été à la traîne en réalité.

Un concept musical et visuel

Inconsciemment, Mbongwana Star participe à une sorte de continuité dans l’originalité éclipsée par toute une déferlante de concepts fomentés par des producteurs occidentaux ces dernières décennies.  « Nous étions à la recherche d’un producteur au sens véritablement artistique. Un producteur qui saurait aussi comprendre la façon dont les choses fonctionnent dans les rues de Kinshasa », lance le chanteur Theo Nzonza. Et Coco de continuer : « Au début, les compos qu’il nous a proposé nous ont fait peur mais nous avons fini par admettre, au gré des répétitions, qu’il avait mis le doigt sur ce que nous cherchions». Doctor L a été le maître d’œuvre du mixage de « From Kinshasa » avec une patte surréaliste et extrêmement recherchée que les initiés lui connaissent bien. Il compte d’ailleurs, parmi ses faits d’armes, la production de l’album « Black Voices » du batteur Nigérian Tony Allen, co-créateur de l’afrobeat et fidèle compère de feu Fela Kuti. La pochette du disque « From Kinshasa » met en scène un astronaute déambulant dans un univers cosmique et violacée. Un astronaute que l’on retrouve également dans le clip du premier single du disque « Malukayi ». Sans compter que le tout premier titre de l’abum s’intitule « From Kinshasa to the moon » (« De Kinshasa à la lune » en français). Aussi, Mbongwana Star se veut, outre une aventure musicale, également une aventure visuelle à laquelle participe moult artistes contemporains de Kinshasa. Il faudrait donc voir l’astronaute comme l’un de ces artistes qui se balade dans Kinshasa en faisant de la peinture et en créant des installations.

© Renaud Barrett
© Renaud Barrett

Les jeunes, chefs d’orchestre

Outre les chanteurs Coco Yakala Ngambali et Théo Nzonza Nsutuvuidi, le groupe Mbongwana Star est formé de jeunes musiciens rencontrés dans les rues de Kinshasa, et plus précisément dans la rue Kato, où la débrouille fait loi : le chanteur Rodrick Matuzolele Dialungana, aka Sage, le batteur Cubain Kabeya Tshipangila, le guitariste Jean-Claude Kamina Mulodi aka R9 qui cultive une affection toute particulière pour le hard rock et le heavy metal, mais aussi le percussionniste Randy Makana Kalambayi. « Kinshasa regorge de jeunes talents dont la créativité et l’inventivité est sans égal. Les mettre en avant est aussi une façon d’établir le changement dont on parle. Il ne s’agit pas seulement d’une rupture avec le Staff Benda Bilili mais aussi d’une autre façon de partager avec la nouvelle génération », nous confient Coco et Theo en insistant sur le fait que leur première aventure musicale appartient désormais au passé. De toute évidence, malgré la disparition du mythique Staff Benda Bilili en 2013, qui, avouons-le, jouait un brin la carte du misérabilisme, il n’a jamais été question d’arrêter la musique pour Coco et Théo. Après deux albums salués par la critique, les premiers rôles dans le film documentaire « Benda Bilili », sorti en 2010, et des tournées dans le monde entier,  les deux chanteurs sont prêts à mettre toute leur énergie dans la réussite et la pertinence de leur nouveau projet. « Dans la vie, il ne faut pas se presser. Petit à petit, l’oiseau fait son nid », sourit malicieusement Theo. Dans l’album, le groupe, qui chante en Lingala, évoque les shégué (enfants des rues de Kinshasa), le parcours musical de Coco avec force de doucereuse mélancolie sur le titre « Coco Blues » mais aussi le fait que l’argent ne fasse pas le bonheur avec « Un million, c’est quoi ? ». Aussi, si vous rêvez d’un voyage interstellaire tout en dansant les pieds sur terre, « From Kinshasa » est l’opus qui devrait vous permettre de passer un été cosmique comme si vous étiez dans les rues de la capitale de RDC entre délicieuse fureur et grinçante plénitude.

Katia Touré

Article paru dans « Matalana, le temps de l’Afrique » (Juin 2015)


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